Texte signé par Caroline Garneau , au nom du groupe enfant différent, parent différent Québec (TDAH)

Je suis parent d’enfant « ritalinisé » 

Oui, je l’avoue, mère indigne que je suis, je donne une pilule de cette drogue le matin et je recommence ce même voie de fait au diner. J’intoxique mon enfant du lundi au vendredi. Oui, j’utilise même un horaire pour le faire, une méthodologie bien précise, comme un psychopathe aguerrit, tout est méticuleusement calculé. La fin de semaine, puisque mon enfant n’est plus sous médication, je revêts mon imperméable pour faire couler vos regards de mépris sur mon dos. Vos regards qui nous disent : quel enfant mal élevé! Vos pensées qui disent : si c’était mon enfant, ça ne se passerait pas comme ça! Malheureusement, ils ne font pas d’imperméable pour enfant. Nos petits voient tout, entendent tout. Heureusement, parents d’enfants « ritalinisé » avons aussi un costume de super héros. Celui là, il est très lourd à porter, il nous fait courber les épaules sous son poids mais c’est avec ce costume là qu’on réussit à passer au travers.

Vous avec deux paires de mains. Une pour cacher vos oreilles pour éviter de nous entendre et une paire sur vos yeux pour ne pas nous voir. Tristement, il vous manque une paire, celle qui devrait être sur votre bouche pour vous empêchez de nous juger. Se faire une opinion sans avoir vu ni entendu n’est que pur ineptie. Chaque fois qu’un texte portant sur le TDAH et sa médication est publié, notre costume d’Iron Man s’alourdit. Où êtes-vous donc quand nous faisons la fête? Oui, nous fêtons, nous avons des émotions. Nous fêtons quand notre enfant de 6 ans, 8 ans, 12 ans se brosse les dents sans aide. Quand il réussit à s’habiller, quand il revient à la maison fier d’avoir réussit son exposé oral, quand il se fait enfin un ami, quand il réussit à s’endormir le soir avant minuit, quand il gère ses émotions, quand il pense à aller au toilette lui-même et qu’il évite de salir son pantalon, nous fêtons. Ces petites choses anodines nous rendent tellement heureux qu’elles allègent notre habit de super héros. Où êtes-vous quand nous pleurons? Parce que ça, ça arrive souvent et on est souvent seuls. Nous pleurons car notre enfant est exclus de son groupe d’amis car ça va trop vite dans sa tête, il parle sans arrêt, coupe la parole aux autres enfants, les bouscule ou fait des bruits de bouche. Nous pleurons quand il nous dit : « je suis nul », « je ne vaut rien ». Quand l’école nous appelle pour nous annoncer l’échec scolaire, quand nous sommes obligé de pousser nos investigations car le pédiatre soupçonne autre chose que le TDAH, quand nous avons notre première prescription de Ritalin, quand notre enfant nous parle de suicide, quand la belle-sœur, le grand-père, l’ami nous accuse de droguer nos enfants, nous pleurons. Par-dessus tout, ce qui nous fait le plus pleurer c’est quand nous voyons un article dans le journal ou la télé portant sur le TDAH et sa médication. Nous pleurons car nous savons que notre costume d’Iron Man sera plus lourd encore et que déjà, nous pensions ne plus être capables de le supporter.

Enlevez donc vos mains de sur vos yeux et de sur vos oreilles car vous êtes en train d’en faire pousser à la société entière. Enlevez-les de sur vos yeux et sur vos oreilles pour les joindre aux nôtres pour nous soutenir à travers tout ce que nous vivons. Vous verrez alors que le TDAH n’a rien à voir avec des enfants qui bougent beaucoup. Vous découvrirez alors que l’hyperactivité n’est que la face visible de ce problème complexe et très envahissant. Encore là, voulez-vous vraiment le voir et l’entendre? Si oui, nous sommes là pour vous le dire et vous montrer.